Dans l Empereur de la Perte un personnage clownesque tente obstinement a l instar d un Tommy Cooper d accomplir un tour de magie « original »…
[car « c'est en forgeant que l'on devient forgeron »]… mais il échoue à chaque fois. Être la risée du public fait partie du jeu et il le sait. Ce personnage est plus qu'un clown dans la mesure où il prend son existence résolument au sérieux, tout en étant conscient du revers de la médaille : la dimension tragique et par conséquent également comique de la destinée humaine. Au cours de ses « numéros » il tient un discours philosophique, une sorte de plaidoyer existentialiste pour sa raison d'être : « je suis capable de tout oublier, sauf le refus », un éloge clair de la quête de la beauté, du sublime, « rêver le rêve insoluble ». Dans ce texte, l'auteur Fabre remet en question le statut de l'artiste, qui, tel Sisyphe est condamné à la répétition – c'est en forgeant que l'on devient forgeron – et d'échouer dans ses tâches, d'où le titre du spectacle. L'artiste a beau être l'empereur de l'immatériel et de l'inaccessible et être passé maître en la matière, il sait d'emblée que son ambition le dépasse et qu'elle relève d'un autre ordre.
L'Empereur de la perte témoigne d'une beauté de l'échec au rythme du pouls et du rêve. Le personnage « se bouffe le cœur », un cœur devenu trop grand et qu'il extrait à proprement dire de son corps, lui permettant ainsi de mener une vie autonome. À la fin du spectacle, il émet une prédiction qui est à la fois une référence à la seconde partie de la trilogie :